Georges Bataille :'' S'il voit son semblable mourir, un vivant ne peut plus subsister que hors de soi.'' (...) Tenant la main d'autrui qui meurt, je poursuis avec lui, je ne le poursuis pas simplement pour l'aider à mourir, mais pour partager la solitude de l'événement qui semble sa possibilité la plus propre et sa possession impartageable dans la mesure où elle le dépossède radicalement. ''Oui, c'est vrai (de quelle vérité?), tu meurs. Seulement, mourant, tu ne t'éloignes pas seulement, tu es encore présent, car voici que tu m'accordes ce mourir comme l'accord qui passe toute peine, et où je frémis doucement dans ce qui déchire, perdant la parole avec toi, recevant ce don au-delà de toi et moi.'' A quoi il y a cette réponse : '' Dans l'illusion qui te fais vivre tandis que je meurs. ''A quoi il y a cette réponse : ''Dans l'illusion qui te fait mourir tandis que tu meurs''. (Le pas au-delà, Georges Bataille)
Voilà ce qui fonde la communauté. Il ne saurait y avoir de communauté si n'était commun l'événement premier et dernier qui en chacun cesse de pouvoir l'être (naissance, mort). A quoi prétend la communauté dans son obstination à ne garder de "toi et moi" que des relations d'assymétrie qui suspendent le tutoiement ? Pourquoi le rapport de transcendance qui s'introduit avec elle déplace-t-il l'autorité, l'unité, l'intériorité en les confrontant avec l'exigence du dehors qui est sa région non dirigeante? Que dit-elle si elle se laisse aller à parler à partir de ses limites en répétant le discours sur le mourir : ''On ne meurt pas seul, et, s'il est humainement si nécessaire d'être le prochain de celui qui meurt, c'est, quoique d'une manière dérisoire, pour partager les rôles et retenir sur sa pente, par la plus douce des interdictions, celui qui mourant se heurte à l'impossibilité de mourir au présent. Ne meurs pas maintenant ; qu'il n'y ait pas de maintenant pour mourir. ''Ne pas'', ultime parole, la défense qui se fait plainte, le négatif balbutiant : ne pas - tu mourras'' (le pas au-delà, Georges Bataille)
''Si la communauté est révélée par la mort d'autrui, c'est que la mort est elle-même la véritable communauté des mortels : leur communion impossible. La communauté occupe donc cette place singulière : elle assume l'impossibilité de sa propre immanence, l'impossibilité d'un être communautaire comme sujet.La communauté assume et inscrit en quelques sorte l'impossibilité de la communauté... Une communauté est la présentation à ses membres de leur vérité mortelle (autant dire qu'il n'y a pas de communauté d'êtres immortels...). Elle est la présentation de la finitude et de l'excès sans retour qui fonde l'être-fini...'' (Georges Bataille)
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1/ La communauté n'est pas une forme restreinte de la société, pas plus qu'elle ne tend à la fusion communielle. 2/ A la différence d'une cellule sociale, elle s'interdit de faire oeuvre et n'a pour fin aucune valeur de production. A quoi sert-elle? A rien, sinon à rendre présent le service à autrui jusque dans la mort, pour qu'autrui ne se perde pas socialement, mais s'u trouve suppléé, en même temps qu'il apporte à un autre cette suppléance qui lui est procurée. La substitution mortelle est ce qui remplace la communion. Georges Bataille écrit : ''... Il est nécessaire à la vie commune de se tenir à hauteur de mort. Le lot d'un grand nombre de vies privées est la petitesse. Mais une communauté ne peut durer qu'au niveau d'intensité de la mort, elle se décompose dès qu'elle manque à la grandeur particulière du danger.''
Ainsi don de parole, don en pure perte qui ne saurai assuré la certitude d'être jamais accueilli par l'autre, bien qu'autrui rende seul possible, sinon la parole, du moins la supplication à parler qui porte avec elle le risque d'être rejetée ou égarée ou non reçue.
Le seul élément émotionnel, capable d'être partagé en échappant au partage, reste la valeur obsédante de l'imminence mortelle, c'est-à-dire du temps qui fait éclater l'existence et la libère extatiquement de tout ce qui resterait en elle de servile. (...) La mort, mort de l'autre, de même que l'amitié ou l'amour, dégagent l'espace de l'intimité ou de l'intériorité qui n'est jamais (chez Bataille) celle d'un sujet, mais le glissement hors des limites. ''L'expérience intérieure'' dit ainsi le contraire de ce qu'elle semble dire : mouvement de contestation qui, venant du sujet, le dévaste, pais a pour plus profonde origine le rapport avec l'autre qui est la communauté même, laquelle ne serait rien si elle n'ouvrait celui qui s'y expose à l'infini de l'altérité, en même temps qu'elle en décide l'inexorable finitude.
"J'ai eu un jour la volonté de ne pas me dénouer en dormant, de ne pas me dénuder. C'est fait une fois pour toutes. J'ai cru tricher, et on m'a triché. Croyant avoir deux figures, je n'en ai plus.''
''Et les yeux de l'adversaire baissés, je me sentais vaincu et volé de la meilleure partie de moi même, par quelqu'un qui n'avait pas conscience de sa prodigieuse victoire.''
''Je n'ai eu conscience de mon existence que du jour où j'ai su que quelqu'un que j'aimais désirait ma mort.''
''Le battement d'un coeur sous ma paume prend quelquefois une telle signification qu'il me semble que j'en perds la raison.''
''Je lutte sans fin contre cette conception hystérique de la réalité. j'essaye de me calmer devant cette offensive des choses démesurées. Il me faut à chaque instant arrêter ce grossissement épuisant des êtres. On ne peut guère y arriver que par l'ironie et quand on dépasse le but -ce que je suis enclin à faire- par la cruauté.''
''Il n'y a rien d'horrible dans ce qu'on voit au fond de soi. Rien de triste. Rien de sale. On est à la fois le regard et la chose regardée. Et tout cela n'est que de la lumière qui éclaire et qui en brûlant, purifie.''
''Je crois que, du fond de soi, quand on est arrivé bien au centre de sa nuit alors on peut entendre et voir venir l'être aimé. Cette approche que les gens impurs ne saisissent pas.''
''Les déplorables constructions qu'on peut faire autour d'un être. On trouve ridicule l'être qui s'emballe pour quelqu'un qui ne le mérite pas ; qui s'avilit pour une putain... alors que si l'on songeait que puisqu'il projette tant de perfections, tant de qualités c'est qu'il les a en puissance donc c'est qu'il est infiniment respectable.''
''Le coeur se refroidit dans la poitrine au centre de cette immobilité ou tant de vies se dissimulent. Seul toujours mais moins seul au milieu des autres. Seul à entendre le pas boiteux de ce coeur malade à ma gauche, ce coeur qui trébuche ; ce sang qui se pompe douloureusement et que j'entends ruisseler faux même en dormant.''
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''L'amer plaisir de relire ce qu'on a écrit et de voir qu'il y a toujours un voile entre noter désir d'être sincère et la chose exprimée. Y a t-il Dieu dans ces pages ? Il me semble difficile de ne pas l'y rencontrer et pourtant il m'est difficile de le voir. Je ne suis pas un esprit religieux, j'agis comme si je ne croyais à rien et j'ai toujours une présence que je crois divine près de moi. Cela je le cache aux autres, non pas volontairement, mais parce que cette présence disparaît au contact des autres.Je sens qu'il n'y a plus aucun secours pour moi-même en moi, si une présence humaine occupe ma pensée et mon regard.''
''La neige, la neige, la neige
Tuez-moi de la neige et que ce soit fini.''
''Il est beaucoup plus difficile d'opérer sur soi-même un meurtre partiel et lent que de se suicider. AU fond, ce qui m'attache à la terre c'est la curiosité. Se dire : Il se passera telle chose et je ne serai pas là. C'est le même sentiment qui me faisait rester jusqu'à l'aube dans les bars où je m'ennuyais à mourir. Se dire : attendons encore cinq minutes, peut-être arrivera le fantôme désiré.''
''Laissons les morts ensevelir les morts.'' Il suffit d'assister à un enterrement, de voir toutes ces gueules pourries de vices pour se rendre compte que le moins mort est celui qu'on enterre.''
''Qu'importe la calme, la trêve, l'accalmie si mes blessures et mes plaies m'ont fait gagner de me voir, deux ou trois fois dans ma vie, dans un miroir qui ne ment pas.''
''Lu à une devanture de baraque foraine :
LE MASSACRE, C'EST RIRE ; LE RIRE C'EST LA VIE.''
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''Il ne faut pas être digne de vivre pour ne pas trembler quand la mort vous frôle. Les courage est une chose essentiellement inhumaine. Un acte de courage est une perte passagère de raison.''
''A quelques mois d'intervalle, je ne reconnaît ce que j'ai écrit, surtout ce que j'ai écrit de moins mal, qu'au rythme des phrases. Il me semble que leur contenu n'est pas à moi. C'est mon souffle qui demeure et non ce qu'il exprime de passager, fugace et pour moi sans utilité profonde. Ce qui fait que j'écris - pour moi et pour les autres- non pour poser des jalons et maintenir une ligne droite dans ma pensée ou dans ma vie. je sème des cailloux non pour revenir sur mes pas mais, au contraire, pour les éviter quand je reviens. En se perdant dans la forêt on a l'espoir de trouver quelque chose. Toute route reparcourue à l'envers est ignoble.''
''Mon égoïsme et, aussi, une sorte de jalousie que j'ai pour les gens heureux, me fait redouter la mort. On s'aimera et je ne serai pas là. Maintenant aussi d'ailleurs. On s'aime et je ne suis jamais là.''
''Ce n'est ni excès d'humilité, ni excès d'orgueil. C'est, voilà il me faut me donner la clef du labyrinthe, ne serait-ce que pour voir se perdre les gens.''
''Il vous faudrait un métier ! me dit-on. Ce métier comporterait forcément des vacances et j'ai horreur de ne rien faire.''
''Trouver une passion, un vice dans lequel je m'enferme jusqu'à en perdre la raison et qui me permette d'atteindre le plus haut sommet de la vie.''
''J'aime la mort non par goût du morbide ou du macabre, mais au contraire pour satisfaire mes aspirations -ignorées de tous- à l'équilibre, au fini, à la sécurité. ALors, il n'y aura, quoiqu'il y ait, plus d'imprévu.''
''Je souhaite le moment - qui hélas ne viendra jamais pour moi- où je serai sensible qu'à la chaleur des jours, à la fraîcheur des nuits ; aux changements des saisons. Cette ambition -d'être comme une vague de la mer, un branche d'arbre- est, pour un homme, insensée.''
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''Quelqu'un que j'aurais bien voulu connaître, dans ma famille, c'est mon oncle Antoine. Celui-là, c'était le voyou, il a foutu le camp à dix-huit ans et on n'en parlait jamais. Il avait dû faire quelque énorme blague. Deux ou trois fois, il est, je crois, dans la bonne tradition, revenu chercher des sous et faire du pétard chez ma grand'mère. Enfant, il m'intriguait beaucoup, et pour les faire enrager, quant au jour de l'an on me faisait écrire des cartes à toute la famille, j'en faisais une pour l'oncle Antoine.
Quand j'ai fait mon service militaire, un adjudant de la Légion m'a demandé avec beaucoup de ménagements pour ne pas me froisser -si je n'avais pas un parent légionnaire. Il n'a su me donner qu'un détail sur mon oncle Antoine (c'était sûrement lui, je veux que ce soit lui), c'était un homme qui parlait comme un livre et qui jouait de l'accordéon comme un dieu...
Oncle Antoine, vous ne devez pas être si vieux maintenant, un peu plus de cinquante ans, je me sens attaché à vous par mille liens. Donnez-moi la main, par-dessus les autres, verdis, aigris, rouillés de partage, de testaments et de mensonges pieux.
Je ne peux écouter un accordéon sans penser à lui, et cet instrument cher aux mauvais garçons fait entendre pour moi la vraie musique de la race, le chant de la famille blessée.'' ........................................................................................
DERNIERE PARUTION CHEZ AL DANTE :
Photos de JACQUES GUYOMAR : SERRES
et texte de BIBILANOUILLE : LE MOT IL EST SORTI
et hop voilà !
merci !
Commentaires
Allah Nietzsche le 31-08-2010 à 08:56:09 # (site)
merci monsieur le proviseur de ce site pour la cultivation merci monsieur le webmaître, on est tout cultureux mais on veut aussi des textes d'Edith !!! on vient pas pour lire Blanchot mais Edith Azam !!!
epnl30 le 25-08-2010 à 19:51:19 #
Yes c'est la rentrée.